interview de Fabrice Not

FABRICE NOT
Fabrice Not, directeur de l’UMR Adaptation et diversité en milieu marin, CNRS, Station Biologique de Roscoff

Iodysséus - Vous préparez pour 2020 un projet interdisciplinaire inédit sur les aérosols marins avec le microbiologiste des nuages Pierre Amato et Iodysséus. Quel est le but ?

Fabrice Not. L’objectif est d’étudier les processus qui lient eau et air en termes de biologie à l’interface de l’Océan et de l’atmosphère. De son côté Pierre Amato de l’Institut de Chimie de Clermont-Ferrand est connu pour ses travaux sur les bactéries présentes dans l’atmosphère. Pour ma part je suis plus un spécialiste des protistes, ces organismes planctoniques unicellulaires dit eucaryotes plus proches de nous au plan de l’évolution. A cette heure, Pierre et moi avons saisi l’opportunité de faire avancer ensemble le sujet : nous peaufinons notre projet.

*Photos © CNRS

IodyssÉUS - Vous êtes également, avec deux de vos collègues, à l’origine d’une initiative pédagogique intitulée Planktomania et qu’Iodysséus relaie dans ces pages. Qu’est ce qui motive le chercheur à se faire pédagogue ?

Fabrice Not – On ne protège que ce qu’on connaît, c’est un principe de base.  Selon moi, une autre de mes missions comme chercheur consiste, selon moi, à rapprocher la science de la société en diffusant la connaissance. C’est d’autant crucial quand il s’agit de choses invisibles à l’œil nu, comme la plupart du plancton,  dont les impacts s’avèrent globaux. Un premier pas vers une prise de conscience.

Iodysséus - Quelle genre d’expérience propose Planktomania et pour quel public ?

Fabrice Not – La plus interactive, ludique et immersive possible, à base de réalité augmentée et de réalité virtuelle, en direction de la plus large audience : jeunes ou adultes. Cela fonctionne à partir du site Web ou de son mobile à travers deux applications téléchargeables grâce aux codes-flashes imprimés dans ces pages. La première est un jeu des Sept familles planctoniques dont chaque carte fait apparaître un organisme en 3D avec sa légende et dans certains cas un lien vidéo expliquant un concept scientifique. La seconde application offre une immersion en réalité virtuelle, d’une durée de 5 minutes, à l’échelle dans l’univers du plancton, des méduses aux virus. Il suffit d’acquérir, pour quelques euros, un masque de VR adapté. Enfin, tous les contenus ont été développés en français et en anglais et, en partie, en Breton pour les écoles bilingues de la région.

Iodysséus - Quelles sont les passerelles avec les programmes éducatifs et/ou scolaires ?

Fabrice Not – Les associations d’éducation à l’environnement disposent sur notre site Web d’une PlanktoBox destinée à l’observation in situ comprenant  microscope et filet à plancton. En partenariat avec le rectorat, des pédagogues nous ont aidé à adapter les contenus à destination d’un public cible de 8-12 ans, dont le niveau coïncide en gros avec la culture scientifique moyenne du grand public. En classe, les enseignants trouvent la matière d’ateliers interdisciplinaires et des points d’entrée sur des sujets d’actualité comme la biodiversité ou la séquestration du CO2.

Iodysséus - La Station biologique de Roscoff participe par ailleurs à la recherche de molécules à destination des biotechnologies bleues ou des médicaments de demain. C’est également un point d’intérêt, non ?

Fabrice Not – Sans doute. Mais ces études se situent très en amont d’applications futures. Comme le rappelle une des vidéos de Planktomania, la plus grande biodiversité sur notre planète se trouve dans les océans au niveau unicellulaire. Au sein même du CNRS, on  prend enfin conscience qu’il existe d’autres modèles que les modèles terrestres : des modèles dont on trouve peu d’exemples hors des milieux océaniques. C’est dire le potentiel incroyable d’un réservoir de biodiversité inconnu ou presque.

 

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